En bref
On peut réduire un budget IT de façon significative sans perdre en valeur — à condition d’arbitrer chaque économie selon le risque qu’elle crée, plutôt que de raboter uniformément. La bonne question n’est pas « de combien couper ? », mais « où couper sans casser ce qui crée de la valeur ? ».
Quand la pression sur les coûts monte, le réflexe est connu : demander à la DSI un pourcentage d’économie, le même pour toutes les lignes. C’est rapide, ça semble équitable — et c’est souvent la pire façon de faire. Un rabot uniforme coupe autant dans ce qui ne sert plus que dans ce qui soutient l’activité. Réduire un budget IT, ce n’est pas raboter : c’est arbitrer.
Réduire, oui — mais réduire quoi ?
Un budget IT n’est pas homogène. Il mêle des dépenses qui font tourner l’existant (le RUN), des dépenses qui construisent l’avenir (le BUILD), des services critiques et des commodités interchangeables. Couper 10 % partout revient à traiter de la même manière un logiciel métier vital et un outil que plus personne n’utilise. Le premier travail n’est donc pas de chiffrer une cible, mais de rendre lisible la structure de la dépense : qu’est-ce qui crée de la valeur, qu’est-ce qui n’est que du coût, et qu’est-ce qui, en disparaissant, ferait courir un risque à l’entreprise ?
Le principe : croiser économie et risque
Chaque piste d’économie porte deux dimensions : ce qu’elle rapporte, et ce qu’elle met en danger. Les croiser transforme une liste de coupes en une véritable grille de décision.
| Type de gisement | Économie | Risque | Décision |
|---|---|---|---|
| Licences dormantes, outils redondants | Forte | Faible | À traiter en priorité |
| Renégociation des contrats éditeurs | Moyenne | Faible | Au fil de l’eau |
| Infrastructure surdimensionnée | Moyenne à forte | Moyen | À arbitrer |
| Report d’un projet structurant | Forte | Fort | Décision de direction |
| Coupe dans la sécurité ou la sauvegarde | Variable | Très fort | À éviter |
Dans la plupart des situations, les vrais gisements se logent aux mêmes endroits :
- Des licences payées mais peu ou pas utilisées, faute de suivi des usages
- Des outils qui se recouvrent, hérités de choix successifs jamais rationalisés
- Une infrastructure dimensionnée pour un pic ancien, jamais réajustée
- Des contrats éditeurs reconduits sans renégociation ni mise en concurrence
- Des projets « zombies » qui consomment sans livrer, que personne n’ose arrêter — c’est tout l’enjeu du pilotage du portefeuille
La vraie question : qui décide ?
Le point le plus souvent escamoté n’est pas technique, il est politique. Reporter un projet, renoncer à un outil, accepter un niveau de risque : ce sont des décisions d’entreprise, pas des décisions IT. Le rôle de la DSI est d’éclairer — chiffrer l’économie, nommer le risque, poser les arbitrages — mais la décision de couper dans ce qui touche à la valeur ou à la sécurité appartient à la direction. C’est le cœur d’une démarche de conseil en management informatique : mettre les arbitrages sur la table plutôt que de subir un pourcentage. Sur une période tendue, un DSI de transition peut porter cet exercice sans être juge et partie. Ces arbitrages trouvent d’ailleurs leur cadre naturel dans un schéma directeur.
★ Mon retour d’expérience
Sur une mission d’audit, une entreprise voulait appliquer une coupe uniforme de 15 % à tout le budget IT. En déroulant la dépense poste par poste, l’essentiel de l’économie possible ne se trouvait pas dans les projets — qui portaient justement la valeur future — mais dans des licences oubliées, des outils redondants et une infrastructure surdimensionnée. Le rabot uniforme aurait sabordé l’avenir pour préserver du gaspillage. En ciblant les bons gisements, l’objectif d’économie a été tenu sans toucher à ce qui comptait vraiment.
💡 Le piège à éviter : le rabot uniforme
Le pourcentage identique appliqué à toutes les lignes a un mérite — sa simplicité — et un défaut fatal : il récompense les budgets déjà gonflés et pénalise ceux qui étaient déjà serrés. Il coupe à l’aveugle, sans distinguer la valeur du gaspillage. Préférez toujours une revue ligne à ligne, même rapide, à un rabot mécanique.
Se situer : les repères de coût IT par secteur
Une question revient presque toujours en comité de direction : « et les autres, combien dépensent-ils ? ». Les repères sectoriels y répondent — à condition de les lire pour ce qu’ils sont : des points de comparaison, pas des cibles à atteindre.
| Secteur | Coût IT / CA (repère) |
|---|---|
| Services financiers, assurance, fintech | 7–10 % (jusqu’à 15–20 % pour un pure-player digital) |
| Santé | 6–9 % |
| Technologie, éditeurs de logiciels | 6–9 % |
| Services professionnels, médias | 4–7 % |
| Retail, e-commerce, éducation | 3–6 % |
| Transport, logistique | 3–5 % |
| Industrie manufacturière | 2–5 % |
| Secteur public, associatif | 2–4 % |
| Moyenne tous secteurs | ~5–6 % |
Repères indicatifs — sources : Gartner IT Key Metrics Data · Avasant / Computer Economics · IDC · CIGREF. Les petites structures se situent plutôt en haut de chaque fourchette.
Ce tableau n’est pas un objectif. Certains secteurs sont, par nature, de gros consommateurs de ressources numériques — matériel, logiciels, prestations — et y atteindre un ratio élevé n’a rien d’anormal : c’est le reflet d’un modèle, pas d’un dérapage. Bien utilisé, ce repère rassure autant qu’il alerte : il permet de montrer à une direction qu’un niveau de dépense donné est cohérent avec son secteur, et de sortir du réflexe « l’IT coûte trop cher » pour entrer dans une lecture éclairée du budget.
L’occasion, enfin, de rappeler un principe simple et souvent oublié : le budget IT est le budget de l’entreprise, pas celui de la DSI. La DSI n’est pas propriétaire de cette dépense, elle en est le dépositaire éclairé. Son rôle n’est pas de défendre une enveloppe, mais d’aider la direction à la comprendre : expliquer ce que financent ces euros, faire la pédagogie des grands équilibres — RUN et BUILD, CAPEX et OPEX — et partager les bons repères pour que le budget se lise et se décide en connaissance de cause. Réduire, arbitrer, investir : ces choix appartiennent à l’entreprise ; le rôle de la DSI est de les éclairer.
Questions fréquentes
De combien peut-on réduire un budget IT ?
Il n’existe pas de pourcentage magique. Selon la maturité de la gestion antérieure, les gisements sans risque vont de quelques points à plus de 20 %. L’important n’est pas le chiffre affiché, mais la part d’économie obtenue sans dégrader la valeur.
Faut-il couper dans le RUN ou dans le BUILD ?
Ni l’un ni l’autre par principe. On coupe d’abord ce qui ne sert plus, où qu’il se trouve. Sabrer le BUILD hypothèque l’avenir ; négliger le RUN fragilise l’existant. Le tri se fait par la valeur et le risque, pas par la catégorie.
La DSI doit-elle décider seule des coupes ?
Non. La DSI éclaire et propose ; la direction arbitre ce qui touche à la valeur ou au risque. Une coupe assumée collectivement tient dans le temps ; une coupe imposée à la seule IT ressurgit tôt ou tard en dette technique.
Quel budget IT pour mon secteur ?
En repère, la dépense IT va d’environ 2 % du chiffre d’affaires dans l’industrie ou l’associatif à 7-10 % dans les services financiers, avec une moyenne autour de 5-6 %. C’est un point de comparaison, pas une cible : le bon niveau dépend de votre modèle, de votre maturité et du risque que vous acceptez.
Un budget IT à optimiser sans casser la valeur ?
Arnaud Benistant
Fondateur et président d’Askee, cabinet de conseil en management des systèmes d’information en Auvergne-Rhône-Alpes. Fort de 20 ans d’expérience en SI, il a notamment été DSI de l’Entrepôt du Bricolage (Groupe SAMSE) avant d’accompagner dirigeants et directions comme DSI de transition. Sa conviction : derrière chaque projet IT, c’est presque toujours une question d’humain.









